Le Mas du Barret

ARTICLES

Entre deux clichés – Noël Caillat, notes et anecdotes

par Michel Jolland

Noël Caillat n’est pas un inconnu pour les lecteurs du Mas du Barret. Ses talents de photographe y ont été signalés le 19 septembre 2019 par Maxime Nallé sous le titre « Les photographies de Noël Caillat défient le temps – Les journées du patrimoine 2019 à Saint-Vérand (Isère) ». Dans ce village, son village, on consacrait en effet une exposition à quelques-unes de ses œuvres les plus marquantes, commentées avec talent par Jacques Roux dans un fascicule qui contribua grandement à faire apprécier la puissance et la délicatesse du regard posé par le photographe sur les gens, les lieux, les situations. Par ailleurs, certains clichés de Noël Caillat ont donné tout leur sel à quelques articles du Mas, comme celui intitulé  « Sous la peau de l’image , daté du 11 avril 2021. Nous nous proposons aujourd’hui de nous intéresser à l’homme, en mettant à profit certaines des anecdotes qu’il nous a confiées il y a plus de dix ans.

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Gaby Beaume. La disparition d’un artiste qui se voulait homme. Tout simplement.

Par Jacques Roux

« Les temps sont difficiles », chantait Léo Ferré à son époque (laquelle n’était pas plus gaie que la nôtre). Deux mois à peine après la disparition de Jean-Pierre Gelly une autre grande figure de la sphère culturelle ardéchoise disparaît : Gaby Beaume. Le Mas du Barret lui avait consacré une chronique, et nous nous réjouissons aujourd’hui, plaisir amer, d’avoir témoigné de notre respect pour son travail alors qu’il était encore des nôtres (le 8 août 2021). Les quelques mots que j’ajoute aujourd’hui, marqués par la tristesse, tiennent plus de l’invite : il serait temps que soit rendu à son œuvre l’hommage qu’elle mérite. A défaut d’honorer le vivant quand il était temps on peut s’intéresser à cette part de lui-même qui ne s’effacera pas. Les dessins de Gaby Beaume, pour ne parler que d’eux, perpétueront non seulement sa mémoire, mais celle aussi de ce qui fut sa terre aimée, l’Ardèche… Sans même parler des idées et des hommes autour desquels se construisit sa vie.

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Romances de Noël : Pourquoi tant de haine ?

Par Jacques Roux

J’ai posté sur notre site, l’an dernier, sous le titre générique : « Éloge des téléfilms de Noël et des bons sentiments », une série de quatre articles (les 7, 20, 27 septembre 2021 et 5 octobre 2021) dans lesquels je défendais le droit de tout un chacun à savourer sereinement, sans avoir à douter de ses capacités intellectuelles et de son niveau culturel, des téléfilms présentés par un certain Cédric Melon dans Télé Cable Sat du 26 décembre 2020 comme de purs produits de « business » et, selon lui, « dégoulinants de bons sentiments ». Il se trouve que dans le numéro 1864 de TV Magazine du 23 octobre de cette année un article signé Nicolas Vollaire remet ça, avec une outrecuidance qui force l’admiration puisqu’il y est question de : « fiction-romantico-sentimentale dégoulinante de bons sentiments ». Braves gens dont le cœur vibre lorsque celui des héros de votre fiction se met à battre à l’unisson, vous voici donc prévenus : c’est sur vous que « ça dégouline » ! Planquez-vous ou retournez à de plus saines occupations, comme visionner un de ces polars qui squattent tous les écrans et qui ne dégoulinent, eux, que de bon sang bien frais.
Ou, mieux encore, regardez un de ces docs/fictions bien sentis dont Arte et quelques chaînes ou radios se font une spécialité ces derniers temps pour vous convaincre, entre autres, que le « genre » a « mauvais genre », et plus généralement que vous n’êtes (je suis des vôtres) que les tenants et vecteurs de « valeurs ultra-conservatrices ». Ce que déclare avec la fougue d’une jeunesse mal digérée Maureen Lepers, présentée comme « chercheuse » par 20 Minutes dans l’article : « Y a plus de saisons » du 24 octobre 2022. (https://www.20minutes.fr/television/4006934-20221024-telefilms-noel-arrivent-automne-nouveau-printemps-demain). Apparemment la « chercheuse » a trouvé sa voie et tient à ce que le commun des mortels la suive…
Comment se fait-il que ces chères pastilles sucrées si douces et si subtiles quand on ne les regarde pas comme la dame sus-citée avec l’œil de Sandrine Rousseau suscitent tant de haine ? Et de stupide mépris ?

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Jean-Pierre Gelly
Mort du dernier fils de Gutenberg

Par Jacques Roux

Vendredi 16 septembre, apprenant le décès de Jean-Pierre Gelly, notre ami du Mas du Barret, Michel Jolland s’est exclamé : « La Colombe noire a encore frappé » ! Il faisait alors référence à cette Colombe de malheur, annonciatrice silencieuse de la fin prochaine de celui qu’elle approche, qui donna son nom au roman publié par Jean-Pierre Gelly en 2020 (« La Colombe noire »). Une colombe qui l’avait déjà frôlé plusieurs fois de son aile mais qui, cette fois, vint se poser sur son lit d’hôpital.
A Aubenas, le Vendredi 16 septembre 2022. En début d’après-midi.
Peu avant l’heure des visites, comme si ce grand cœur au sourire narquois avait voulu éviter à ses proches un moment difficile à supporter.

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Beaumont, Ardèche… Vous avez dit étrange ?

Par Jacques Roux

Pour vous rendre à Beaumont, dit la voix au bout du fil, il faudrait prendre la route de… Oh ! Mais non ! Ce serait un peu trop compliqué. Il serait préférable… A moins que… Tournez après le pont ! A gauche. Mais après c’est à droite. Ou alors à droite… mais après c’est à gauche. Enfin… euh !

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Bonnard

Par Jacques Roux

Parmi les artistes les plus réputés de notre temps il en est un que la rapacité médiatique a jusqu’ici épargné. Sans doute parce qu’il n’a pas l’aura d’un Picasso, par exemple, mais surtout me semble-t-il parce que son œuvre – appréciée pourtant dans le monde entier, il suffit de recenser les musées qui possèdent quelques unes de ses toiles – se refuse à toute approche superficielle, à toute manipulation « spectaculaire ». Cette difficulté explique la lecture passe-partout de son travail proposée récemment par le Musée de Grenoble : « Les couleurs de la lumière ». De fait, comment parler de peinture sans s’interroger sur ces deux données constitutives de sa spécificité : la lumière, la couleur ? Si le titre d’une exposition a pour mission de cibler et définir au plus près la production d’un créateur, il faut reconnaître qu’ici on a fait profil bas (il y a eu pire, qu’on se souvienne du sinistre et ridicule « A fleur de peau » pour Fantin-Latour !) : même si l’on ne pense qu’aux Impressionnistes, ils seraient tant à se trouver visés par cette formule. Mais qu’importe ! Le plus important est que la très réputée institution grenobloise ait rendu hommage à ce grand peintre. Lequel, ils ne sont pas si nombreux, a laissé sa trace dans le département isérois puisque lié par ses origines à la commune du Grand-Lemps, où il est venu souvent et où ont été prises quelques unes des plus émouvantes et troublantes photographies de sa compagne et modèle (dite : Marthe). Et de lui-même. Pour le Mas du Barret, cette proximité serait un motif suffisant pour glisser dans ses pages quelques mots sur Pierre Bonnard. Mais il s’y ajoute le désir d’évoquer, sans entrer dans le détail et sans autre prétention que le souci de partager, le plaisir que l’on peut prendre à contempler une œuvre que « les couleurs de la lumière » ne suffisent pas à définir.

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La petite Madone de Saint-Vérand
Son précieux silence

Par Jacques Roux

En cette journée de 15 Août il m’est revenu en mémoire une discrète Madone découverte il y a une dizaine d’années dans une sorte de local/débarras de l’église de Saint-Vérand. Bien qu’elle soit elle-même indifférente à sa destinée et aux aléas qui l’ont conduite à se retrouver abandonnée, comme inutile, en un lieu oublié de tous, j’ai pensé profiter de cette journée consacrée à Celle qui lui sert de modèle pour la mettre sur le devant de la scène. Les personnages mythiques qui hantent notre imaginaire et donnent du sens à nos croyances, il en est ainsi pour le champ religieux, n’existent au quotidien qu’au travers de représentations façonnées au cours de l’histoire. Et même lorsque les images, en tant que telles, sont considérées comme inadéquates, sinon tabous, la représentation construite alors par les discours, les prières, les invocations, n’en est que plus prégnante et puissante, comme si elle s’installait directement au cœur des consciences pour délivrer ses, parfois terribles, messages. La petite Madone abandonnée n’a pas cette prétention. Dans son débarras, comme si de rien n’était, elle continue de porter un paisible message de paix, de recueillement, de silence surtout. Le silence est devenu denrée rare : il faut occuper le terrain. Et moins on pèse en termes d’intériorité, plus on caquète. Branchez vos postes de télé vous comprendrez ce que je veux dire. Ou jetez un œil à ce que l’on a curieusement baptisé les « réseaux sociaux », inépuisable bouillon de culture où mijotent toutes nos niaiseries, prétentions et poussées haineuses. La petite Madone semble si loin de ce cloaque ! C’est pourquoi sans doute elle me paraît, bien que je sois étranger à la foi qui conditionna son existence, précieuse, et mériter qu’on s’intéresse à elle.

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Jeux de regards

Par Jacques Roux

Un tableau n’existe que lorsqu’on le regarde. Cette lapalissade n’en est pas vraiment une : il ne suffit pas de jeter un œil et de se dire que « oui, ma foi, pas mal », ou « non, vraiment, ça ne me plaît pas ». Pour que le tableau existe il faut qu’il devienne sujet de préoccupation et nous pousse à le questionner : « qu’est-ce que… ? – « Pourquoi ? », et tout autre question renvoyant à ce qu’il donne à voir. Je précise que si les interrogations touchant aux significations, aux symboliques, à l’historique de l’œuvre (histoire et histoire de l’art) sont légitimes, elles ne doivent pas faire l’impasse sur le travail initial, stricto sensu visuel. Qu’est-ce que je « vois ? » est le point de départ obligé. Nombre d’ouvrages « savants » oublient cet impératif absolu ; pour n’en citer qu’un, même s’il a une vocation pédagogique, « Apprendre à lire les images » (paru chez Flammarion) oublie plus d’une fois l’étude approchée de ce qui apparaît, privilégiant l’apport de données contextuelles (l’époque, l’auteur, les questions de style, etc.).
A Saint-Vérand (38), parmi les cinq copies de maîtres (datant du dernier tiers du XIXème siècle) déjà évoquées sur ce site, il en est une dont l’approche fut hésitante. Certes, et plus que ses quatre voisines, j’avais consacré du temps à la contempler, mais cette peinture pourtant si simple, une Nativité, des bergers en adoration, commença par fuir devant mon regard. Il est vrai qu’elle avait quelque chose de particulier qui troublait la perception. Je savais qu’il s’agissait d’une copie, mais, à la différence des quatre autres peintures, je ne connaissais ni l’auteur de son modèle, ni le tableau qui avait été recopié. Une copie sans original c’est une double problématique : que montre ce tableau (la copie) ? Ce qu’il montre est-il fidèle à l’original ? Pour chacune des autres copies la démarche avait été simple : après avoir contemplé et étudié l’original, l’étude de la production du copiste livrait en même temps la nature même de la copie et son rapport, plus ou moins fidèle, à son modèle. Ici je plongeais dans une œuvre « en soi » dont, sans en avoir conscience, la contemplation me laissait espérer l’accès à son autre, son modèle, l’original. Le double examen des quatre autres copies : celle de l’original puis celle de la copie se réduisait ici à un seul. Or, en explorant la copie de « L’adoration des bergers », j’éprouvais, sans que ce soit clair et verbalisé, l’illusion de rencontrer l’original. Ce qui bien sûr ne pouvait être le cas lorsque, partant d’une copie je revenais à son modèle : tous les changements, fussent-ils les plus nuancés, me sautaient aux yeux. Ici j’étais malgré moi conduit à confondre ce qui m’était donné à voir et ce qui m’était masqué (la logique de l’original). Avec, au bout du voyage, le risque d’une confrontation cruelle entre le postulat et la réalité avérée (du modèle). C’est cette expérience, somme toute utile pour prendre conscience entre autres de quelques opérations mentales susceptibles d’interagir avec la pure et simple perception des sens (dans ce cas la vue, mais il en est ainsi avec tout autre sensation, de l’ouïe au toucher), ma confrontation avec « L’adoration des bergers », copie sans modèle présente dans le chœur de l’église de Saint-Vérand (38), que je souhaite évoquer ici.

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Les charmes discrets de L’Écriture manuscrite

Par Jacques Roux

Il y a peu (publication du 1er mars 2022) dans un article consacré au peintre Pazdzerski, aujourd’hui installé en Ardèche à Ucel, je faisais allusion à son goût pour la calligraphie, à laquelle il se consacra durant de nombreuses années. Si, dans un premier temps, cet art de l’écriture et son contexte culturel et idéologique restèrent extérieurs à sa pratique picturale, il devint vite évident qu’ils n’étaient pas entrés par hasard ni effraction dans son univers plastique. Artiste figuratif il n’hésitait jamais à ouvrir son dessin à des espaces ouverts et se plaisait à architecturer le sujet de ses aquarelles avec des signes plus proches d’une écriture énigmatique que de représentations réalistes. Sa production actuelle qu’on peut qualifier, pour faire court, « d’abstraite », a confirmé depuis qu’en tant que peintre il ne cherche plus à reproduire le monde autour de lui mais seulement à produire un monde qui ne soit qu’à lui, qui ne soit que de lui. Un monde de formes et de couleurs, rythmés et construits selon une logique dont il reste le seul maître. Un peu comme un musicien qui ne cherche à s’exprimer qu’à travers des sons et des rythmes indépendants (formellement et significativement) de tout contexte réel. Il se trouve que la réflexion amorcée autour de l’exposition « Osmose » de Pazdzerski et Gelly, fut pour moi l’occasion de me replonger dans la lecture de textes depuis longtemps oubliés dont un situé dans « Prétexte : Roland Barthes » (10/18 n°1265 – 1978). Il s’agissait d’une discussion générée par le rapport possible de la calligraphie et du sacré, ce qui ne nous intéressera pas ici, et de l’expression artistique. Et, sans tenir compte du détail d’un débat plutôt complexe, j’ai été conduit à me demander quelle était la nature du regard que nous-mêmes, aujourd’hui, portions sur l’écriture, l’écriture au sens premier et concret du terme : l’écriture manuscrite. Il s’est avéré que ce regard (pour moi) était plus ambigu, et plus riche, qu’il y peut paraître et que cela valait la peine d’y consacrer quelques lignes. D’écriture.

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Du nouveau dans l’affaire du cumacle : Lo Kristian nez’ékri !

Par Michel Jolland

Les habitués du Mas du Barret connaissent bien « Le Christian de Saint-Vérand ». Figure emblématique de la protection du patois dans le Sud Grésivaudan, président de l’association « Quand le patois revit o paï de la Fanketà », il a un temps animé pour notre site la chronique « Lo co de zieu do Kristian ». Une chronique au passage qui ne demanderait qu’à être réactivée. Chacun le sait, le patois était dans nos campagnes une langue parlée mais, avec un vrai génie créatif, « Le Christian » et ses amis ont, depuis plusieurs années, mis au point un système de transcription phonétique efficace et facile d’accès. Et ils ne se privent pas de l’utiliser dans les échanges amicaux, comme ce courrier récemment adressé au Mas nous permet de le constater.

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