Le mas du Barret

Archives par auteur: Mas du Barret

La vie d’artiste (5) Les sirènes de Claude Ribot

Le 9 mai 2021, sous le titre générique « La vie d’artiste 2 », nous avons évoqué la figure de Claude Ribot, sculpteur. Originaire du Mans, c’est à cette ville qu’il a confié ses réalisations les plus prestigieuses : des fontaines. J’ai souhaité il y a quelques années, par lettre au Maire du Mans, que le Syndicat d’Initiative édite un guide permettant de dénicher, dispersées comme elles le sont dans cette grande cité, les œuvres d’un créateur dont elle a toutes les raisons de s’enorgueillir. Des œuvres que la ville lui avait commandées, ce qui signifie qu’il y eut au moins une époque où elle avait conscience de leur valeur. Je ne crois pas avoir obtenu gain de cause et la dernière fois où, après son décès et à titre d’hommage personnel, je suis allé saluer les créations de Claude Ribot, j’ai eu la tristesse de constater que ces fontaines n’étaient plus en eau et que deux d’entre elles, pour le moins, Léda et Les Sirènes, avaient été vulgairement taguées. J’espère que depuis elles ont retrouvé leur état natif. Il me plaît cependant ici d’évoquer la plus emblématique de ces fontaines, telle que je l’ai découverte en mars 2007 en compagnie de son auteur : la fontaine dite « Des Sirènes ».

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André griffon L’Ardèche au coeur

Plus que tout autre, André Griffon a « senti » l’Ardèche, ce département mal fichu qui touche à la Vallée du Rhône, se perd dans les contreforts des Cévennes, joue à se donner des airs de Provence, avec ses oliviers et ses garrigues, sans parler de quelques coquetteries, le « Pont d’Arc » étant la plus célèbre. Sans doute en fut-il capable parce qu’il savait qu’il n’est point de « pays » en soi, que les « pays » ce sont les hommes qui les font, ou les rêvent. Toujours est-il qu’en titrant le premier de ses ouvrages « Ardèche douce-amère » il a synthétisé l’étrange mélange de bonhommie, d’humanité rugueuse et de mélancolie sourde qui caractérisait une population sans doute en voie de disparition. Elle survivra pourtant, grâce à lui, à côté des grottes préhistoriques en fac-similé, des résidences secondaires avec piscine et des post néo-ruraux devenus néo prêtres de la néo-révolution, cette révolution 2.0 qui amusera les siècles à venir et qu’en tant que journaliste il anticipa quand il traita « l’affaire Conty ».

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André Griffon

« Il y en a qui ne croient pas. Pour eux un arbre c’est qu’un arbre. C’est pas vrai. Un arbre c’est comme une bête. Ca vit vous comprenez. Et les châtaigniers c’est plus près d’une bête que n’importe quel arbre. Ca a des muscles un châtaignier…. Et puis aussi ça a un cœur qui ressemble à celui d’un homme… Il faut savoir tout ça. Il faut comprendre. » (L’herbe de soleil, 1978)
Cette phrase proférée par Edouard Cayrat, alors octogénaire, maire de sa commune, paysan à l’ancienne dans une de ces régions restées longtemps hors du temps, l’Ardèche dite « profonde » selon la formule de quelques esprits forts qui ne croient pourtant pas si bien dire, puisqu’elle va, cette région, chercher au plus lointain de notre histoire les fondements mêmes de notre pensée, notre imaginaire, notre langage, cette phrase de visionnaire porte néanmoins la signature d’un autre : André Griffon.

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La lessive au Barret (2)

A la maison du Barret, chez mes grands-parents, on disait tout simplement « la rivière » pour désigner la Cumane, ce cours d’eau qui traverse le village de Saint-Vérand du nord au sud avant de se jeter tranquillement dans l’Isère vers le pont de Beauvoir. De la même manière, « le pont » était celui, tout proche, qui enjambe la Cumane en contrebas du hameau pour permettre l’accès au village. C’est quelques dizaines de mètres en amont de ce pont que ma grand-mère venait rincer sa lessive. Une véritable expédition.

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La lessive au Barret (1)

Il a encore fière allure ce trépied bancal tout droit sorti du dix-neuvième siècle. Au temps de sa splendeur, il officiait au Barret comme support du cuvier de la lessive, la « buye » comme disent aujourd’hui encore les gardiens du patois local. Vers la fin des années 1950, d’autres récipients sont venus remplacer le cuvier hors d’usage mais il fallait toujours tirer l’eau du puits et aller rincer le linge à la rivière. Deux opérations mémorables.

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La vie d’artiste (4)

« Inclassable », tel est l’adjectif le plus souvent retenu par ceux qui ont prétendu s’intéresser à l’œuvre de Fantin-Latour, particulièrement les organisateurs de la récente rétrospective présentée en 2016/2017 au Musée du Luxembourg puis au Musée de Grenoble. La palme revenant au directeur de ce dernier Musée qui déclara lors d’une interview que cet artiste était si « inclassable » qu’on ne savait pas « où le classer ». Derrière le ridicule il faut voir une triste réalité, la plupart des prétendus « spécialistes » des arts plastiques s’imaginent en comprendre la portée lorsqu’ils parviennent à ranger dans des petites boites bien étiquetées les artistes et leurs œuvres. Or l’œuvre de Fantin-Latour n’est pas de celle qu’on fait entrer facilement dans une seule case. Pour la définir il faut accepter l’idée que nous ne percevons d’elle qu’une des composantes de sa nature : ce que la peinture de Fantin-Latour cherche à saisir, par des moyens divers et apparemment peu comparables, c’est l’insaisissable.

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La vie d’artiste (3)

Fantin-Latour sera tôt ou tard considéré comme l’un des plus grands peintres français. Jusqu’ici, parce qu’il échappe aux critères conventionnels auxquels se réfèrent la plupart des « professionnels de la profession » selon le mot de Godard, il reste globalement méconnu, incompris sinon méprisé. La récente rétrospective qui lui fut consacrée par le Musée du Luxembourg et le Musée de Grenoble l’a encore confirmé. Accompagnée d’un catalogue indigent et affublée d’un titre racoleur et stupide elle semble n’avoir cherché que l’angle du scandale pour « vendre » le plus discret et le plus intériorisé des artistes. « A fleur de peau » proclamaient les affiches. Or Fantin-Latour n’est pas le peintre de la peau, mais de l’Esprit.

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L’art… funéraire (au cimetière de Saint-Vérand) 2

Dans un cimetière le lien entre les vivants et les morts est d’une extrême ambiguïté. On y voit à la fois l’adieu, le sentiment d’une perte irréparable, et une dévotion particulière sous-tendue par le sentiment que …peut-être. Sentiment porté, nous l’avons vu précédemment, autant par l’imaginaire que par les convictions religieuses. Ce mélange d’espoir et de désespoir, de rêverie et de croyance, se lit dans l’étrange, baroque, hétéroclite même, catalogue d’images repérables pour peu que l’on s’attarde à contempler les tombes dans le détail. Nous nous proposons de nous intéresser à ceux de ces détails qui ont une connotation esthétique.

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L’art… funéraire (au cimetière de Saint-Vérand)

Le cimetière, c’est le royaume de la mort. Toutes les dates affichées sur toutes les tombes en témoignent : celui qui git au dessous d’elles n’est plus. Il avait un corps, il avait un nom, seul reste le nom mais qui ne désigne plus que du vide. Pourtant, si l’on y regarde d’un plus près, il semble que cette évidence soit corrigée par la présence diffuse de signes divers, religieux, comme des croix, esthétiques comme des formes gravées ou sculptées, sentimentales comme des bouquets, des massifs végétaux. Un peu comme si les vivants qui visitent en ce lieu des proches disparus n’en avaient pas totalement fait le deuil. Aussi rouillés soient-ils, ces fers forgés témoignent aussi bien d’une foi religieuse que d’un espoir proche des plus folles légendes : du néant surgit l’enfant nouveau. La mort est renaissance.

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