Le mas du Barret

L’agriculture drômoise s’adapte au changement climatique

Michel Jolland

Sécheresses répétées, hausse des températures, raréfaction de la ressource en eau, nouveaux risques agronomiques, le changement climatique modifie déjà profondément les conditions de l’agriculture drômoise. Outre les ressources en eau, cette évolution affecte les rendements, les calendriers culturaux et, plus largement, la pérennité de certains systèmes de production. Face à ces mutations, les réponses ne relèvent plus seulement de l’ajustement technique. C’est une stratégie d’adaptation globale qui, progressivement, se met en place. Elle inclut notamment la recherche appliquée, l’expérimentation, les politiques départementales, l’évolution des cultures et la formation des futurs agriculteurs.

Expérimenter pour mieux s’adapter

Dans ce contexte, la Chambre d’agriculture de la Drôme fait de l’expérimentation l’un des principaux instruments de la transition. Elle gère deux fermes expérimentales, à Étoile-sur-Rhône et Mévouillon, et consacre 6 % de son budget à la recherche et au développement. Des essais à court et moyen terme sont en cours pour les  grandes cultures, l’arboriculture, la viticulture, l’élevage, les fourrages, les PPAM (plantes à parfum, aromatiques et médicinales), l’agriculture biologique, l’agroforesterie et le développement de la biodiversité. Il s’agit de fournir aux exploitants des données fiables et des techniques applicables dans les conditions réelles de production. Les principales expérimentations portent sur la réduction des intrants, l’autonomie fourragère, la diversification, la conservation des sols et une meilleure efficience de l’eau, et ce afin de conjuguer transition écologique et viabilité économique. L’enjeu économique est en effet essentiel car l’adaptation climatique ne peut durablement s’effectuer au détriment du revenu des agriculteurs.

Chambre d’agriculture de la Drôme, septembre 2026 – Photo MJ

L’eau au cœur des transformations

La question de l’eau concentre une grande partie des préoccupations. Les sécheresses successives imposent de mieux préserver, stocker et répartir une ressource soumise à des usages concurrents. Le Département a inscrit cette problématique dans son projet stratégique « Agricole par nature », doté de 26 millions d’euros pour la période 2023-2028. De nombreuses pistes sont explorées, telles que la récupération des eaux pluviales, l’optimisation de l’irrigation, le stockage, la recharge des nappes ou le développement d’une « hydrologie régénérative ». Avec le projet SAGE Drôme 2050 (schéma d’aménagement et de gestion de l’eau, bassin versant de la Drôme, horizon 2050) apparaît également la nécessité d’organiser collectivement le partage de l’eau entre alimentation humaine, agriculture, activités économiques et préservation de la rivière. Mais s’adapter signifie aussi reconsidérer certaines productions. Sorgho fourrager, pois chiche ou prairies multi-espèces figurent parmi les cultures susceptibles de mieux résister aux sécheresses et aux températures élevées. Les pratiques culturales également font l’objet d’ajustements permanents, parfois à partir de simples constats de terrain. Un arboriculteur a par exemple observé que réduire l’espacement entre les nectariniers atténue les effets de la chaleur. Agroforesterie et couverts végétaux participent de la même recherche de résilience en protégeant les sols et en améliorant leur fonctionnement hydrique.

Former aujourd’hui à l’agriculture de demain

L’enseignement agricole également est partie prenante de cet effort d’adaptation. Dans les établissements drômois, les exploitations pédagogiques deviennent de véritables terrains d’expérimentation. À l’EPLEFPA (établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricoles) Le Valentin, à Bourg-lès-Valence, le projet « Adapt’eau » associe ainsi les étudiants à la réalisation de diagnostics de vulnérabilité climatique dans les exploitations drômoises. L’objectif est de mesurer localement les conséquences des évolutions climatiques afin de construire avec les agriculteurs des stratégies portant notamment sur la gestion de l’eau, le choix des cultures et la protection de la biodiversité. L’exploitation du Valentin, entièrement conduite en agriculture biologique sur plus de cinquante hectares, permet parallèlement d’expérimenter en viticulture et en arboriculture, de rechercher des alternatives aux intrants chimiques et de travailler sur la transformation agroalimentaire et les circuits courts. Dans le premier département français de production et de savoir-faire pour les PPAM, les essais consacrés en particulier aux lavandes et lavandins tolérants au dépérissement illustrent également les relations étroites entre enseignement, expérimentation et adaptation aux nouvelles conditions climatiques.

Protection de la bio-diversité : friche écologique et haie champêtre multi-variétale, Bourg-lès-Valence, septembre 2026 – Photo MJ

La Drôme, laboratoire territorial ?

Ces initiatives dessinent progressivement un dispositif qui dépasse la simple addition d’expérimentations techniques. Agriculteurs, Chambre d’agriculture, Département, collectivités, établissements d’enseignement et structures expérimentales participent, à des degrés divers, à une même dynamique. C’est un véritable « système territorial d’innovation agricole » qui émerge en Drôme. Les expérimentations produisent des références, les exploitants les confrontent aux réalités économiques et agronomiques, les collectivités accompagnent les transformations et l’enseignement agricole prépare leur transmission aux nouvelles générations. L’enjeu n’est donc plus seulement d’aider l’agriculture drômoise à résister aux effets du changement climatique. Il consiste à organiser sa capacité permanente d’adaptation. Dans un environnement plus chaud, plus incertain et davantage contraint par la disponibilité de l’eau, expérimenter, transmettre et coopérer deviennent ainsi des composantes à part entière de l’acte de produire.

Dernière modification : 26 septembre 2026

Éditeur : Michel Jolland

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