Le mas du Barret

La croix de mission de Saint-Vérand : entre ferveur religieuse et patrimoine local.

La croix neuve, octobre 2025

Michel Jolland

La municipalité de Saint-Vérand (Isère), a récemment procédé au remplacement de la croix monumentale située à proximité immédiate de l’église. Dans la mémoire collective, ce monument est identifié comme une « croix de mission », présente depuis longtemps dans le paysage du village et autrefois étroitement associée aux parcours des processions. Petite histoire d’un élément du patrimoine communal.

Pour comprendre l’origine de la croix de mission de Saint-Vérand, il faut remonter à la fin du XIXᵉ siècle, période durant laquelle le catholicisme est très vivace, tant par la ferveur religieuse que par son influence sociale, particulièrement marquée dans les campagnes françaises. Le culte marial, déjà très populaire, connaît alors un nouvel essor, renforcé par la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854. C’est également l’âge d’or des missions paroissiales. Pendant plusieurs jours, une semaine en général, des prêtres spécialement formés, extérieurs à la paroisse, viennent prêcher afin de raviver la foi et la pratique religieuse. Ces missions se concluent fréquemment par l’érection d’un monument commémoratif : calvaire, croix de bois ou de fer forgé.

La croix de mission érigée en 1920 (photo du 31 mars 2017) © Jacques Roux

C’est dans ce contexte qu’en 1884 une mission prêchée à  Saint-Vérand par des pères Oblats de Marie Immaculée est couronnée par l’installation d’une croix monumentale [1]. Vingt ans plus tard, les conscrits de la classe 1904 font apposer une plaque d’hommage sur le socle de cette croix [2]. En 1920, à l’issue d’une nouvelle mission comme la précédente prêchée par Oblats de Marie Immaculée, la croix d’origine est remplacée par une autre [3].

Photo du 31 mars 2017 © Jacques Roux

La croix installée à la fin de l’année 2025 constitue donc, sur le plan matériel, la troisième de la série. Sur le plan symbolique et spirituel, elle s’inscrit dans la continuité des missions de 1884 et de 1920, dont elle rappelle le sens et la portée pastorale. Cependant, dans une société où, depuis les années 1970, la ferveur et les pratiques religieuses s’affaiblissent progressivement, son installation n’a pas été accompagnée d’une mission paroissiale [4].

Photo du 29 octobre 2025 © Michel Jolland

Au-delà de sa dimension spirituelle, la croix monumentale située près de l’église doit être considérée comme un élément à part entière du patrimoine communal, au même titre que l’édifice religieux lui-même et ses tableaux remarquables [5]. Il appartient à la commune d’en assurer la conservation, la restauration et la mise en valeur. Force est toutefois de constater que, si la croix nouvellement installée est flambant neuve, son socle demeure dans un état médiocre et a, de surcroît, perdu le témoignage voulu par les conscrits de la classe 1904.

L’histoire de la croix de mission de Saint-Vérand semble attendre une suite, encore à  écrire.

NOTES

[1] [2] La semaine religieuse du diocèse de Grenoble, Ville de Grenoble, Bibliothèque municipale, cote Jd.3, 1904-1905, parution du 6 avril 1905, p 562.

[3] Ibid., 1919-1920, parution du 26 février 1920, p.437.

[4] Sur l’évolution des pratiques religieuses à Saint-Vérand, voir : Le bulletin paroissial source d’information pour l’histoire locale, Cahier hors série N°2, Saint-Vérand hier et Aujourd’hui Éd., janvier 2016.

[5] Pour les tableaux de l’église, consulter :

https://www.masdubarret.com/2023/05/28/la-longue-marche-des-tableaux-de-saint-verand-vers-une-reconnaissance/

https://www.masdubarret.com/2023/10/22/ils-ont-des-yeux-et-ils-ne-voient-pas/

Éditeur : Michel Jolland

Dernière mise à jour : 18 janvier 2026